Fernando de Amorim
Paris, le 21 mars 2025
Le Moi ne ment pas quand il dit que c’est plus fort que lui. À quoi fait-il référence ? Aux organisations intramoïques. Les organisations intramoïques sont plus fortes que le Moi, selon ce dernier. Le Moi n’arrête pas de se droguer, parce que la pression intramoïque est très puissante et que le Moi jouit d’avoir sa pitance, quelque chose à mettre sous la dent.
Par cette formule « c’est plus fort que moi », le Moi fait référence à la résistance du Surmoi qui lui impose l’accomplissement de la pulsion d’emprise et de la pulsion agressive. Quand rien n’arrête l’accomplissement de ces pulsions, la pulsion de destruction prend le relais et le clinicien est face au suicide.
Le Moi dit des mensonges sans pouvoir s’arrêter, il insulte ou dit des grossièretés, comme dans le syndrome de Gilles de la Tourette. Ici, le Moi ouvre le bec pour que l’Autre non barré puisse dire, sans que rien ne l’arrête.
Traiter ces expressions des organisations intramoïques sans prendre en considération l’histoire de l’être et l’ignorance, voire l’anamnèse, du Moi à ce qui avait marqué son histoire de vie, c’est passer à côté de l’affaire clinique. Tout comme proposer des explications neurologiques ou des techniques de dressage pour désengager l’être de sa responsabilité et de la haine qui l’anime.
L’expression « malgré moi » ne rend pas service à l’être. Quand le praticien prend la voie de la déresponsabilisation de ce qui arrive au patient, il ne le déculpabilise pas. Tout au contraire, il augmente la puissance de la culpabilité et donc du besoin de punition. En d’autres termes, il renforce la puissance de feu des organisations intramoïques.
L’erreur de stratégie clinique de médicaliser, de neurologiser, de psychiatriser, de chirurgiser, de psychologiser le symptôme empire la situation du Moi, car le clinicien, au lieu de dégonfler les organisations intramoïques, les renforce, au nom de son faux bon cœur et de sa charité déplacée.
La souffrance et la maladie sont des représentations du malgré-moi : « Je me détruis malgré moi. »
Mais l’aliénation du Moi et ses divertissements quotidiens ne doivent pas être jugés sévèrement. Car le Moi peut-il faire autrement ? Absolument pas, puisqu’il est structurel chez lui d’être aliéné.
La psychanalyse propose que l’être puisse opérer pour devenir sujet. Il s’agit d’un travail quotidien et cela n’est pas possible pour tous ; c’est possible pour quelques-uns dans une certaine limite. Certains refusent la rencontre avec le travail de construction de leur propre désir, d’autres commencent ledit travail de ramer mais abandonnent au début, au milieu, voire à quelques mètres de la côte, preuve que la difficulté n’est pas de traverser une psychanalyse – l’autre nom de l’océan nommé Inconscient – mais d’assumer qu’il n’est plus possible de jouer l’ignorant ou de faire semblant d’être con. De là l’importance d’établir la distinction entre l’excitation (la pensée qui s’affole), l’idée comme une trouvaille et la pensée liée à des sensations.
Pour assumer ces distinctions, il va de soi que faire quelques années de psychanalyse (que ce soit six ans ou quarante ans) « ne fait rien à l’affaire », comme le chantait Brassens. Si quelqu’un présente son curriculum vitae du nombre d’années passées sur le divan, cela signifie simplement qu’il exhibe son phallus imaginaire. Un psychanalyste est en psychanalyse jusqu’à qu’il ne rencontre plus d’êtres dans la position de malade, de patient ou de psychanalysant. Le psychanalyste est encore en psychanalyse même après sa passe. À l’inverse, l’analyste n’est plus en analyse. Il ne se sert plus de sa psychanalyse, il ne sert plus la psychanalyse. Quoi qu’il en dise.
En fin de compte, le « c’est plus fort que moi » est une manière de continuer sa psychanalyse sans construire sa position de sujet. Une forme de divertissement pascalien. En fin de compte.