Fernando de Amorim
Paris, le 16 mars 2025
Même si l’époque considère que la schizophrénie est une maladie organique et qu’elle nécessite de plus en plus d’argent pour nourrir la recherche, la psychanalyse a toujours traité la souffrance comme l’expression d’une histoire subjective.
Pour quelle raison aller chercher dans l’organique et exclure le registre psychique (l’histoire de l’être, le désir de l’Autre) ? Parce que le soin de la souffrance de l’autre par la construction de sa subjectivité n’est pas donné à tout le monde.
La formation du médecin est organique, la formation du psychologue est plate. En d’autres termes, ni l’un ni l’autre ne sont habilités à écouter et manier le transfert avec la psychose en générale, la schizophrénie en particulier. Le psychanalyste du RPH porte cette habilitation et cette responsabilité.
Les premiers psychanalystes, les braves, étaient de formation médicale et surtout psychiatrique. Ils ont été sensibles à la démarche de Freud, parce que ce dernier introduisait l’être et son histoire – sa détresse, les humiliations subies, la honte, la culpabilité, l’objet perdu – sur la table d’opération.
Quand quelqu’un dit « j’ai à l’intérieur de moi un avocat qui me défend », il peut être pris pour un délirant ; il peut s’agir d’« un Surmoi qui pointe son nez et même qui fait une place confortable et honorable dans la société », pour reprendre ses mots. Je ne conteste pas son interprétation. Je l’écoute. Je m’inquiète ? Oui, un peu. Plus trouillard que votre serviteur, c’est difficile à trouver. Un dit, un non-dit, et tout peut tomber à l’eau : il se suicide, il passe à l’acte avec des conséquences terribles pour autrui ou pour lui-même, il abandonne la cure. Ou mieux encore : il revient en séance le lendemain, comme si de rien n’était.
Le clinicien (pas le psy, le psychiatre, le psychologue, l’analyste) dans la position de psychanalyste court des risques qu’il souhaite calculés pour que le Moi aliéné se dégonfle et que l’être puisse construire sa responsabilité de conduire aussi sa destinée. La responsabilité est énorme. Rares sont les cliniciens, en médecine, en psychiatrie, en psychanalyse qui peuvent le supporter au quotidien. Philippe Sollers s’interrogeait sur ce désir d’écouter la détresse du compatriote humain toute la journée.
Ce n’est pas un sacrifice. C’est un effort, comparable à celui de l’agriculteur ou du marin. « C’est comme ça », dit-on en français quand on ne sait quoi dire de plus. Les mots manquent. Le désir est là. Le lâcher serait pire.
Les cliniciens en médecine, ainsi que ceux en psychiatrie, devraient compter avec le psychanalyste. Aujourd’hui, ce n’est pas le cas. C’est regrettable. Pour eux. Évidemment. Mais cela ne signifie pas que ma porte soit entrouverte. Elle est ouverte. Entièrement ouverte à un partenariat, pour une danse avec eux.
La clinique, au sens noble, hippocratique, au sens des premiers psychanalystes, ne sera pas écrite par ceux qui courent aux abris à la vue de la tempête clinique (les difficultés, les abandons, les coups de sang). La raison en est simple : l’être humain, docteur ou malade, son Moi, n’est pas forgé pour le courage. Est-ce un défaut ? Non, c’est le propre d’être guidé par le Moi et non par le désir de construire son propre désir.
Une psychanalyse consiste à rencontrer le désir de l’Autre non barré et à construire son propre désir à partir de l’Autre barré.
C’est ce qui justifie de s’appuyer sur sa vie, au sens biologique, puis de construire sa responsabilité de conduire aussi sa destinée.
Le reste, comme la vieillesse, les maladies, les guerres, les famines, c’est la preuve que la vie est là, sans mystification.
Le sujet construit son désir à partir du désir de l’Autre barré. Le reste n’est que divertissement. Divertissement de mauvais goût, je vous l’accorde. Ce divertissement vise à éviter à l’être sa responsabilité d’être, de devenir et de se comporter en tant que sujet porteur de sa responsabilité de conduire aussi sa destinée.